"Le genre burlesque ne se prête guère à l'approximation, ce qui explique en partie que l'art contemporain soit

si pétri d'esprit de sérieux. En bon petit soldat de la cause burlesque, Qingmei Yao travaille au cordeau

chacune de ses performances, ainsi que leur compte-rendu audio et vidéo, qui sont de superbes ballets

mécaniques, empruntant également à la littérature, au théâtre, au chant et à la danse contemporaine. Dans

Le Procès, (vidéo, 9'), Qingmei Yao interprète le rôle d'un personnage inspiré par Don Quichotte, idéaliste

obstinée, courageuse, mais considérée comme folle. Elle pérore devant trois clinquants distributeurs

automatiques de boissons et friandises, les invectivant par exemple ainsi : « Toi ! La machine perverse de la

société capitaliste de consommation ! Ta petite bouche délicate malgré ton corps enflé, avale sans répit nos

pièces de monnaie ! ». Servie par un tempo impeccable, une écriture ciselée et un sens aigu de la parodie,

la scène provoque une hilarité non dénuée de trouble...

 

Les dénonciations politiques et sociales de Qingmei Yao sont d'autant plus efficaces qu'elles paraissent

légères et d'une témérité loufoque, comme lorsqu'elle entonne le méconnu Troisième couplet de

l'Internationale à tue-tête en Solo à Monaco : « L’État comprime et la loi triche, / L’impôt saigne le

malheureux ; / Nul devoir ne s’impose au riche, / Le droit du pauvre est un mot creux ». Interpellée en un rien

de temps, elle rentre avec les représentants de l'ordre dans un dialogue habile et complice, qui révèle

surtout brillamment à quel point eux-mêmes sont opprimés par les intérêts supérieurs dont ils servent

aveuglément la goinfrerie."

 

 

Par Stephen Correard

Commissaire d'exposition "Le sens de la vague", 2013 

 

"...Au visiteur de détecter les figures qui sortent du lot,celles prêtes à « se disperser dans le vaste monde », celles

aussi conformes à ses propres obsessions. Les nôtres nous conduisent vers Yao Qingmei. La jeune artiste se

met en scène dans une vidéo hilarante, où elle prend à partie un distributeur de sucreries. Dans sa harangue

clamée avec sérieux, les bombons seraient aussi nuisibles que des bombes, la friandise fourrier d’un capitalisme aussi ravageur que des caries. Une bonne oeuvre suffit-elle à faire une bonne artiste ? Confirmation de nos intuitions à la Galerie de la Marine, où la jeune Chinoise figure parmi les douze noms retenus par Stéphane Corréard. Elle y montre une autre vidéo où après avoir entonné l’Internationale dans les rues de Monaco, elle entame une discussion cocasse avec des policiers locaux, mal à l’aise avec la portée de ce chant révolutionnaire. Est-ce de l’art ? De la provocation ? Malgré leurs échanges avec leur supérieur, ils n’arrivent pas vraiment à trancher..."

 

 

Par Roxana Azimi

"À Nice, de futurs talents en promotion", 

numéro 427 / Le Quotidien de l'ART

....

Jeunes pousses pleines de promesses
Mais le Salon de Montrouge ne se contente pas de chercher les profils insolites dont le raffinement tranche avec la tendance actuelle pour le spectaculaire. Il réussit aussi à dégoter les diplômés d’écoles d’art les plus prometteurs. C’est le cas de la Chinoise Qingmei Yao, formée à la Villa Arson à Nice. Celle-ci se met en scène dans des vidéos hilarantes et anarchistes où elle fustige dans le pur style du procès communiste un distributeur de confiseries. Dans sa harangue clamée avec sérieux, les bonbons seraient aussi nuisibles que des bombes, la friandise fourrier d’un capitalisme aussi ravageur que des caries. Dans une autre vidéo sans image, on l’entend chanter l’Internationale dans les rues de Monaco avant de se faire arrêter par deux policiers qui tentent de démêler l’art de la provocation.

 

 

-Par Roxana Azimi

La nouvel economiste,

http://www.lenouveleconomiste.fr/art-et-culture/le-salon-de-montrouge-offre-une-cuvee-tres-charpentee-22568/