Je m’investis actuellement dans une forme spectaculaire de la performance, j’intègre des éléments venant du cinéma, du théâtre et la danse contemporaine: personnage costumé, scénario écrit, mise en scène, décors peints, musique “live”... Les  actions sur scène sont le mixage de la réalité et la fiction. Je me glisse dans la peau de personnages idéalistes, obstinés, parodiques mais tristement sérieux. 

 

 

J’ai découvert Raoul Haussmann, 

l’esprit dadaïste quand j’étais dans la région Limousin.  C’est là que j’ai aussi connu la Poésie Action.

J’ai commencé  par faire des interventions qui dérangent ou revisitent le lieu. Ces interventions étaient très timides et presque invisibles. Cela m'a  finalement  poussé à faire une action plus forte à Monaco en 2012. 

 

Depuis mon arrivée à la Villa Arson, je participe à l’ARC Littoral mené par Arnaud Labelle-Rojoux et Patrice Blouin, dans lequel nous travaillons spécialement sur la question de la performance, du geste et du burlesque. Ce qui m’intéresse particulièrement, ce sont les gestes symboliques ou métaphoriques. Comment, peuvent-ils prendre ou perdre leur puissance quand on les contextualise différemment? Comment peuvent-ils se greffer dans les gestes du quotidien? Et cette mutation ou l’enchainement crée peut être des gestes de non-sens 

 

Concernant la recherche dans la vidéo-performance, je me questionne beaucoup sur l’ambiguïté de cette forme vidéo parasitée en tant qu’archivage de la performance. La performance, qui est intéressante pour sa temporalité , malheureusement, exige la présence des artistes.  La forme vidéo me paraît plus importante pour son autonomie et immaterlité.

Mais comment, au travers d’une forme vidéo ou installation ou autres, reconstituer l’expérience du spectateur dans un rapport d’espace-temps dans la performance?

Mes préoccupations tournent autour de la mise en forme d’un questionnement politique, au travers des performances, au moyen de la vidéo, la photographie, et l’écriture. 

En tant que performeuse, mon  corps possède une qualité assez rigide pour réussir les ratages et la maladresse quand il faut.

Je m’appelle YAO Qingmei. Je viens de Chine. J’ai passé mon DNAP à l’ENSA de Limoges et j’ai fait ensuite deux ans à la Villa Arson de Nice pour le cursus supérieur. Avant de venir en France, j’ai fait  des études de marketing en Chine, une formation pragmatique qui contribue davantage à la glorification de de la consommation capitaliste qu’à celle du communisme. D’ailleurs, je ne l’avais pas choisi mais j’ai été choisie pour le faire. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette situation est à la fois ambiguë et frustrante : Pourquoi  suis-je  condamnée à être idéaliste pour confronter un tel réel crucial?. Le corps est dans un mouvement perpétuel d’opposition, d’assimilation, de dépression et d’exaltation. Heureusement que je suis entrée aux beaux-arts pour me sortir de cet état de sadomasochisme idéologique. Je peux désormais prendre tout ça d’une manière plus légère et distante à travers des gestes de déplacement et de détournement avec un humour triste. Sceptique, critique et burlesque, c’est ce qu’on peut trouver dans mon travail. 

 

 

 

 Je viens d’une génération née après la réforme économique au début des années 80 en Chine. Sans connaître l’économie planifiée, je suis née dans le rejet du passé et dans l’enchantement du marché libre.

 

Malgré tout,  mon corps, un corps banal parmi des milliards d' autres, est un corps imprégné depuis son existence,  dans un bain politique où les signes, les images, des gestes, des textes et des discours qui se décrochent parfaitement de la réalité qui nous entoure.